Internet, médias et infos

Cette page résulte du stage de formation continue proposé par l’ENSFEA en février 2022 à l’Ecole Supérieure du Journalisme, à Lille, et animé par la journaliste et formatrice médias Claire Le Nestour.

Production, diffusion, sélection des informations : De quoi parle-t-on ?

Informer, c’est donner une forme à une réalité jusque là sans forme ; l’événement en soi ne constitue pas l’information. (Claire Le Nestour)

Les médias sont alimentés selon divers modèles…

Modèle classique : le journaliste repère un fait, le vérifie, le met en forme et le diffuse, le fait est alors reçu et assimilé par le public. La vérification, c’est auprès de deux sources qui ne se connaissent pas ou n’ont pas communiqué entre elles depuis l’événement. Comme le rappelle Claire Le Nestour (formation proposée par l’ENSFEA à l’ESJ de Lille, février 2022), on pourra se souvenir de l’épisode de la fausse mort de Martin Bouyghes en 2015,  alors qu’était décédé en réalité un tout autre « Monsieur Martin » !

Modèle depuis internet (1990-2000) : le web peut aussi être perverti (mal utilisé ou volontairement) ; le tri des information est généralement fait par des algorithmes, en fonction de ce que les annonceurs ont payé et /ou en fonction de la popularité des pages consultées : la vérité n’est pas essentielle. Tout le monde peut proposer du contenu d’information, mais aussi remettre en cause des vérités établies.

Gérald Bronner (Apocalypse cognitive, 2021) appelle ça la dérégulation du marché cognitif. Notre temps de cerveau disponible de cesse d’augmenter : 5 heures par jour, selon Bronner (sociologue, professeur d’université à Paris).

Avec le numérique, depuis l’an 2000, il a été produit plus d’information que de l’invention de l’imprimerie à 2000.

Comme notre cerveau n’est pas en mesure de les trier, cette mission a été confiée à des machines (derrière nos ordinateurs et nos téléphones portables, les algorithmes des moteurs de recherche). Mais ces algorithmes ne sont pas neutres : Facebook donne un coefficient de 5 à l’émoticône « Colère » contre 1 pour le « like », tandis que Youtube par ses algorithmes valorise les contenus climatosceptiques, à propos du changement climatique.

Éducation à l’image et aux médias : Quels enjeux ?

On intègre sous cet intitulé l’ensemble des objectifs capacitaires liés à l’éducation à l’image et aux médias.

Dans un monde où les médias audiovisuels et en ligne occupent une place de plus en plus importante, et en constante évolution. On partira donc des pratiques des élèves en la matière avec leurs propres regards, leurs sensibilités, leurs enthousiasmes, leurs envies, leurs cultures, leurs représentations…

afin de les aider à :

  • comprendre comment l’image et les médias audiovisuels signifient, en mettant à jour les langages, les formes expressives, les procédés, les structures et cir-cuits, etc. qui sont à l’œuvre dans toute construction imagée :
    • prendre conscience des idéologies véhiculées par les médias, du pouvoir de l’économie et des industries culturelles,
    • échapper aux possibles effets manipulateurs (et addictifs) des médias, appréhender les relations entre médias et démocratie et oeuvrer comme citoyen pour des médias au service de la démocratie,
  • apprendre à se situer dans son environnement social et symbolique,
    • situer sa pratique dans une culture de l’image,
    • s’approprier les modes de langages et formes esthétiques.
    • développer sa dimension créative : justifier ses goûts et ses préférences, se construire une sensibilité expressive.
  • apprendre à créer et diffuser de l’information médiatisée
    • maîtriser des techniques et langages d’écriture médiatique,
    • vérifier ses sources,
    • adapter écriture et contenu au public visé et au média utilisé,
    • finaliser une production médiatique conduite en mode projet.

Les risques de l’info à l’ère d’internet : Comment bien s’informer sur le web ?

Chacun est tenté d’aller vers les infos qui lui plaisent, au risque de confondre faits et opinions, notre cerveau étant attiré par des infos qui sollicitent des émotions ancestrales, comme la peur, la colère, l’indignation, et pas forcément vers des informations produites selon les codes déontologiques du journalisme.

En France, il y a, en 2021, 35.000 cartes de presse (délivrées aux professionnels qui réalisent 50 % minimum de revenus liés à la presse), mais sans doute de plus nombreux journalistes n’ont pas la carte de presse, qu’ils soient militants, salariés de structures ou influenceurs.

Dans ce contexte, il n’est pas facile d’évaluer la qualité des innombrables informations accessibles…

 Des mondes parallèles se construisent dès lors pour chacun, en fonction de nos connexions, de nos clics, de nos recherches de contenus.

« Nous vivons dans la même société mais plus tout à fait dans le même monde. Alors que pour débattre il faut un socle commun. »

Gérald Bronner, Apocalypse cognitive (2021).

Réseaux sociaux et flux continus, mélangeant divertissement et information, brouillent le jugement, il faut donc rester vigilant, garder en conscience que les algorithmes peuvent nous attirer dans leurs pièges : il s’agira aussi de comprendre comment lutter contre les propositions automatiques. Cela implique une démarche intellectuelle et un engagement pratique afin de questionner le fonctionnement des algorithmes plutôt que se laisser porter.

Le fonctionnement de notre cerveau et sa capacité à nous enfermer dans des bulles nous poussent à la facilité. Et l’on croit facilement que tout cela dépend de nos intuitions, de nos préjugés socio-culturels et moraux. Mais dans la pratique et la production de médias, ces préjugés et intuitions doivent être remis en cause et sans cesse questionnés (par exemple, peut-on s’autoriser à demander l’âge d’une femme quand on l’interviewe, pour pouvoir apporter une lumière sur son discours ?).

Il faut donc apprendre aux élèves à se méfier des algorithmes d’internet, mais aussi de nos intuitions : aller vers des contenus qui prennent d’autres points de vue, vérifier sur un autre site, ne pas laisser se refermer la bulle. D’une manière systématique, s’efforcer de différencier les faits des opinions.

Ce n’est pas le seul risque qu’il faut apprendre à maîtrise : certains supports ou acteurs de l’info internet font aussi du placement de produit avec une marque (Orange peut le faire pour ses sponsors, sans annoncer faire du publireportage).

Des médias en ligne à proposer aux jeunes en 2022…

Les jeunes ne s’informent plus majoritairement par les médias traditionnels (radio, télévision, presse écrite), mais via internet, où l’abondance rend le repérage de médias « sérieux » difficile.

Or, il existe des médias sérieux en ligne, dont on peut donner ici quelques exemples…

Sofoot,

Brut.,

et des chaines Youtube comme Gaspard G (qui reçoit des personnalités politiques minorées par les grands médias détenus par des oligarques, et donne la parole à Europe Ecologie Les Verts ou à La France Insoumise, sur leurs programmes…) et Hugodécripte (Hugo Travers a débuté après science-po comme youtubeur, il a maintenant une entreprise de huit journalistes, 1,4M d’abonnés, deux fois le tirage de OuestFrance, et environ 2 à 300.000 vues par sujet, plus que le tirage de Libération), voire Ludovic B dans l’analyse des médias,

ou encore, sur Mediapart.fr, Usul (chroniqueur critique de « Ouvrez les guillemets », dans une relecture qui nécessite une connaissance préalable de l’info,).

Outsiders_pod sur Instagram produit des podcasts sur un peu sur tous les sujets et des entrées diverses.

Streetpress fait de l’enquête urbaine sur des sujets pas forcément traités ailleurs (très parisien, car pas de moyens pour faire du régional).

Tout comme, sur Facebook, Or Périph.

Sur Twitch, Samuel Etienne (journaliste de France info et présentateur de Questions pour un champion) fait une revue de presse (La matinée est tienne, 750K abonnés, 10K le suivent en direct chaque matin), fait une revalorisation de la presse écrite, avec une accroche visuelle forte (manipulation des journaux en mode bi-caméras), et il peut aussi faire de l’info avec son seul portable « un effet Shiva de tout ce qu’on peut faire avec ses mains », comme en dit la journaliste et formatrice médias Claire Lenestour).

Dans une approche comparable, sur Youtube, cjuliane (professeur-documentaliste), avec #CultureJ, fait aussi une revue de presse spécialisée culture.

En Live Twitch, JeanMassiet fait des talkshows et podcasts de questions à l’Assemblée nationale, et d’invitation de collègues (comme Gaspard G).

Sur Youtube, Ben Nevert questionne la masculinité, mais aussi quantité d’autres sujets, avec des invités.

Sur Instagram, pour l’écologie, le média Vert_le_media qui sourcé, pas mal fait, avec une base de 7 journalistes professionnels, 7 minutes par jour ; ils ont aussi développé un site en propre, Vert.eco.

Suite à ce même stage de formation continue proposé par l’ENSFEA en février 2022, une page consacrée à l’outillage de production médiatique et d’écriture médiatique utilisable en classe est également consultable.

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