L’introduction de la page internet consacrée par la pédagogie de projet par l’École Normale Supérieure de Lyon permet de la situer comme une pédagogie active qui permet de générer des apprentissages à travers la mise en œuvre d’une réalisation concrète :
« La pédagogie du projet se caractérise par l’engagement dans l’action de l’apprenant. L’apprenant est placé en situation de résolution de problèmes, participant de fait au processus d’apprentissage. Cette pédagogie est fondée sur la motivation des élèves que permet l’objectif de réalisation concrète. Les différentes activités d’un projet doivent mener à l’aboutissement de celui-ci. Ainsi, tout ce que l’apprenant fait et apprend dans le cadre du projet devrait être directement lié à l’aboutissement du projet. Le projet peut être individuel (comme un exposé ou une maquette) ou collectif (l’organisation d’une fête, d’un voyage, d’un spectacle) ».
Au vu des évolutions permises par les technologies, on peut aborder en parallèle une réflexion générale intégrant des références pédagogiques, et une approche spécifique à la pédagogie de projet menée avec un outillage en réseau, jusque dans la mise ne place non seulement d’un suivi en ligne mais aussi d’une évaluation partagée.
Mais jusque là, elle ne diffère pas du projet pédagogique, auquel une autre page de ce site est consacrée. Voyons donc les spécificités de la pédagogie de projet.
[tab:Références & ressources]
On ne compte plus les ressources disponibles, mais quelques références permettent de baliser l’action.
Le Réseau École et Nature, dans Alterner pour apprendre (1997), précisait :
« La pédagogie de projet est un processus d’apprentissage qui met un groupe de personnes en situation :
– d’exprimer des envies, des questions, des besoins, des manques, des ambitions;
– de rechercher les moyens d’y répondre;
– de planifier collectivement la mise en œuvre du projet et de le vivre. »
Quel est alors le rôle de l’éducateur ? « L’éducateur est là pour accompagner, aider, baliser, réguler, alimenter. Il est personne ressource et conseiller. »
Une page d’EducTice sur le site de l’ENS Lyon ouvre vers divers liens relatifs à la pédagogie de projet, après avoir rappelé qu’il existe plusieurs types de pédagogie de projet [Bru, M. & Not, L. (Eds.). (1991). Où va la pédagogie du projet ? (2e éd.) Toulouse : E.U.S.] :
- Celle qui organise dans une architecture de projet, les activités qu’elle fait exercer aux élèves. Le projet est un cadre de travail ;
- Celle qui assure l’éducation des activités de projet au même titre que celle des activités mathématiques littéraires, historiques, etc. Le projet est un objet d’éducation : on pourrait dire qu’il s’agit là de la pédagogie du projet.
- Celle qui part des projets des élèves pour organiser leurs activités d’apprentissage. Le projet est un mobile et une méthode de travail.
- C’est dans les faits la planification et la division des tâches pour la production d’un objet ou d’un effet objectif. Elle peut combiner deux ou trois des caractères précédents.
Dans « La pédagogie de projet au Québec : une pratique pédagogique aux multiples visages » (Québec français, n° 126, 2002, p. 60-63), Marie-Hélène Guay constate la multiplicité des pratiques pédagogiques et didactiques ayant recours au mode projet, et au final elle pointe trois questions cruciales : « Qui devrait
initier le projet : l’enseignante ou les élèves ? Quelles sont les étapes précises de réalisation d’un projet ? Quels sont les outils privilégiés de la pédagogie de projet ? »
On pourra aussi trouver matière à réflexion et projection dans l’article “Des projets pour mieux apprendre ?” par Catherine Reverdy, Institut français de l’Éducation (IFÉ), publié dans Dossier d’actualité veille et analyses, n° 82, février 2013, et disponible en ligne sur le site de l’IFÉ (ENS Lyon).
Enfin, l’équipe de Philippe Perrenoud à l’Université de Genève a publié de nombreuses ressources utiles, à commencer par une page signée par Stéphanie Jornod, qui rappelle les finalités et les dérives possibles de la pédagogie de projet, ainsi que quelques liens vers d’autres ressources, traitant notamment des dilemmes, obstacles et solutions qui se présentent à l’éducateur, ou de la version anglo-saxonne du project based learning.
[tab:Dans l’Enseignement agricole]
Dans l’Enseignement agricole, quand on parle de pédagogie de projet, c’est que l’on part des projets des élèves. Cela suppose que les élèves, après avoir reçu les premières consignes et intégré le cadre de travail, aient la responsabilité de définir eux-mêmes leur(s) projet(s) et disposent de temps et de moyens de communication pour cela. Puis les apprenant.e.s présentent leur projet à l’enseignant.e. ou à l’équipe, voire à la direction.
Lors de cette première phase, dès qu’ils cernent le projet qu’ils souhaitent mener de projet, les apprenant.e.s vont devoir :
- problématiser leur idée
- identifier leur public cible
- définir les objectif(s) concrets du projet
- et les actions qui en découlent
- en repérer les atouts, avantages, bénéfices
- et les risques et contraintes
- ainsi que des éléments de méthode (encore très incomplètes à ce stade puisque ls apprentissages restent à faire)
- ces éléments leur permettent d’établir le pitch de présentation de leur projet pour validation par l’enseignant responsable, l’équipe ou la direction.
Dès lors, le rôle de l’enseignant est ici un rôle d’accompagnement pédagogique :
- il est là pour leur apporter des outils variés et discuter avec les apprenants de la méthodologie
- il organise les apprentissages nécessaires à la réalisation du projet, il aide à régler les problèmes de fonctionnement des groupes
- il s’assure de l’aboutissement du projet et de sa présentation
- il assure l’évaluation des savoirs et savoir-être acquis (éventuellement en co-évaluation ou en ayant recours à un outil d’autoévaluation comme proposé en Bac Pro).
Quant à la proposition / l’imposition d’outils de pilotage par l’enseignant.e, le débat reste ouvert et attire une diversité de points de vus, sachant que l’appui méthodologique est toujours nécessaire, mais que les guides opérationnels peuvent s’avérer trop lourds, inutilement contraignants, voire inadaptés… ou au contraire nécessaires, utiles, et très formateurs. La dimension humaine compte pour beaucoup dans le relationnel établi avec la classe et les différents groupes-projets, chacun.e doit donc trouver l’outillage et la posture qui lui convient, loin de out modèle imposé.
Néanmoins, il convient d’accompagner les apprenant.s en les familiarisant avec des outils et méthodes de gestion de projet (guide méthodologique, diagramme de GANNT, Métaplan, Kanban, Framaboard, etc.) ; s’il n’y a pas d’outil idéal à prescrire, il importe de se constituer une boîte à outils à sa main, tant pour l’aide au pilotage que pour l’aide à l’évaluation partagée en cours de projet.
Attention : comme le relèvent les travaux de Philippe Perrenoud et de Stéphanie Jornod (Université de Genève), il convient de se donner les moyens d’éviter quatre types de dérives possibles lorsqu’on met nos apprenant.e.s en projet et, à cet égard, de garder au fil de chaque projet une vigilance.
La dérive productiviste :
« C’est le risque lorsque l’on est trop centré sur un produit à atteindre: il faut être attentif à ne pas oublier les objectifs d’apprentissage! La nécessité d’avoir un produit fini et présentable à une date précise peut ainsi pousser à des choix qui, s’ils sont efficaces, ne sont pas forcément les plus porteurs d’apprentissage pour les élèves (par exemple, laisser une tâche à l’élève qui sait déjà la faire plutôt que de permettre à quelqu’un d’autre de s’y essayer).
Perrenoud (article « Réussir ou comprendre ? Les dilemmes classiques d’une démarche de projet »), pour tenter d’anticiper cette dérive, propose de rendre les élèves concernés par ce problème, de les rendre responsable, avec l’enseignant, de leur propre formation par le projet. Perrenoud parle dès lors de « double dévolution »: du projet lui-même, mais aussi de la nécessité d’apprendre quelque chose à travers ce dernier. »
La dérive techniciste :
« L’enseignant a tout planifié d’avance, les élèves n’ont plus qu’à exécuter les consignes. On n’est pas dans une réelle démarche de projet, puisque les élèves restent dans la même posture que dans l’enseignement habituel. »
La dérive spontanéiste :
« Au contraire, l’enseignant n’a rien planifié et décide de suivre les envies de chacun, on se laisse guider sans avoir de but précis: le projet dure, la motivation s’étiole, les apprentissages ne sont pas garantis.
La dérive utilitariste :
« Penser que tout peut être enseigné dans des démarches de projet et chercher à tout moment à « donner du sens » à tout ce qu’on enseigne: le projet permet en effet à certains moments de contextualiser certains savoirs, mais il est parfois nécessaire de passer aussi par des moments d’entraînement ou d’apprentissage plus formel si on veut ensuite pouvoir utiliser des compétences dans le concret. »
[tab:Outillage collaboratif en réseau]
Afin de faciliter la constitution et l’archivage de traces du travail collaboratif nécessité par la pédagogie de projet, on peut inciter les apprenants à l’utilisation d’outils en ligne.
La communauté libre Framasoft propose des outils logiciels libres et gratuits.
La logique de Framasoft : « Intuitif, sans inscription et à même votre navigateur, un ensemble de services en ligne libres et respectueux de vos données personnelles ». Ces services sont proposés dans le cadre de la campagne « Dégooglisons Internet » »… Une offre qui peut constituer, en ESC, « une invitation à bâtir ensemble un monde de partage et de coopération ».
Ci-dessous une sélection de solutions utiles en pédagogie de projet :
– Gérer des projets : Framaboard
Outil de gestion de projet par excellence, c’est un gestionnaire collaboratif de tâches et de projets, en suivant la méthode Kanban. Son système visuel permet de s’y retrouver au premier coup d’œil, quelle que soit votre habitude à utiliser ce genre d’outil.
– Éditer collaborativement : Framapad
Écrivons tous ensemble sur le même document dans une interface de rédaction collective en ligne. Aucune inscription requise, on se donne un pseudo, une couleur et on se lance !
– Un tableur collaboratif : Framacalc
Framacalc est au tableur ce que Framapad est au traitement de texte, autrement dit la possibilité d’éditer simplement et collectivement en ligne sur un même document.
– Organiser des rendez-vous et des sondages : Framadate
C’est un peu comme Doodle mais en libre. Rien de plus simple de créer un rendez-vous ou un sondage sans inscription pour y inviter vos collaborateurs.
– Partager des fichiers anonymement : Framadrop
Oubliez le souci des pièces jointes trop lourdes qui empêchent l’envoi d’un email. Ce service libre vous permet de partager facilement des fichiers de manière sécurisé.
Il ne manque évidemment pas à la panoplie l’indispensable outil d’administration d’enquêtes :
– Création de questionnaires : Framaforms
Application en ligne qui vous permet de créer les questionnaires dont vous avez besoin, que ce soit dans un cadre scolaire, familial ou associatif. Créez vos questions en fonction de vos besoins, des formulaires à choix multiples aux champs de texte libre.
– Hébergement de wikis : Framawiki n’est plus opérationnel mais l’application libre sur laquelle il était basé existe toujours, c’est DokuWiki.
DokuWiki vous permet de créer un wiki facilement et de l’héberger sur nos serveurs. Aucun traquage ne portera atteinte aux données de vos visiteurs et visiteuses, mais Google installe un cookie pour “améliorer l’expérience publicitaire” (désactivable).
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